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La musique de la Grèce

Aucun autre aspect culturel de la Grèce moderne, mieux que sa vie musicale, ne fait plus clairement ressortir la coexistence et l’opposition entre l’apollinien et le dionysiaque ou, dans un autre ordre d’idées, entre l’élément oriental et occidental. Cette dualité qui remonte à l’Antiquité, a pris diverses formes à travers les siècles. La Grèce contemporaine possède à la fois une musique autochtone, avec son esthétique et ses principes propres, et une musique dite d’Europe occidentale.

Historique

En 1821, le peuple grec en révolte possédait une riche tradition de musique profane associée à une musique liturgique antique d’origine byzantine, de caractère uniforme et bien défini, intégralement transmise au fil des siècles, grâce au procédé ancien de notation de la musique byzantine primitive. Cette musique sacrée accompagnait les cérémonies et les fêtes religieuses dans tout le pays. Seules les îles Ioniennes faisaient exception, ayant connu de longues périodes sous l’occupation successive des peuples d’Europe de l’Ouest, en particulier de l’Italie, dont les compositeurs subissaient l’influence musicale.

La musique profane possède un magnifique répertoire de chants folkloriques. Malgré leurs tonalités qui diffèrent d’une région à l’autre, et leurs types variés (airs de danse, de table, klephtika, chants de deuil…), ils présentent un certain nombre de points communs: Ce sont des chants monodiques. La plupart d’entre eux reposent sur un système modal basé sur les huit tons byzantins et les modes grecs antiques. (Certains chants emploient une échelle chromatique orientale.)

Dans certaines catégories (klephtika, chants de table, chansons épiques, historiques et autres), la liberté du rythme donne à l’interprète de larges possibilités d’improvisation ornementale. Ce type de chant se termine, en général, par un refrain au rythme accéléré, qui transforme le climat musical produit par la mélodie principale. D’autres catégories (surtout les chants d’amour, les airs de danse, les chants associés au travail et les chansons satiriques) comportent des rythmes variés, dont les formules les plus courantes sont: 2/4, 7/8, 6/8, 5/8, 9/8, 3/4, ou encore 6/4 et 5/4, avec toutes les déclinaisons possibles.

L’étendue de leur échelle est souvent limitée, la disposition des intervalles étant parfois réglée au cinquième ou au quatrième degré.

L’usage fréquent des intervalles d’un demi ou d’un quart de ton, ainsi que les conceptions byzantine et orientale ayant influencé cette musique folklorique, rendent sa notation quasiment impossible dans le système occidental contemporain.

La plupart des chants ne sont pas accompagnés par les instruments. S’il y a un accompagnement, il sert à soutenir le rythme, surtout si le chant est associé à la danse, ou à produire un son harmonique riche et complexe, complètement indépendant de la monodie et toujours improvisé.
C’est cette musique qu’ont connue les Grecs et que continue à pratiquer aujourd’hui la majorité d’entre eux.

Après l’indépendance, un grand nombre de Grecs qui avaient émigré dans d’autres pays d’Europe, regagnent leur terre natale avec une culture musicale européenne. Le contact avec la riche tradition musicale des îles Ioniennes devient plus étroit. Les nouveaux dirigeants créent des orchestres, importent les premiers pianos, introduisent l’enseignement de la musique européenne à l’école et invitent des musiciens ioniens, italiens et allemands. Le rapprochement avec les pays européens, l’introduction de l’opéra, la fondation de nombreuses écoles de musique, la formation d’orchestres, de chœurs et d’associations musicales, puis, ultérieurement, la présentation de drames musicaux, et l’avènement du phonographe et de la radio, ont réussi sur plusieurs générations à modifier la culture musicale des centres urbains. Cependant, l’Église continuera, à quelques exceptions près, d’utiliser la musique byzantine, tandis que la population rurale conservera ses chants folkloriques.

La coexistence de ces deux musiques de nature si différente, l’une importée, l’autre autochtone, deviendra un réel problème pour la composition grecque moderne.

Les compositeurs des XIXe et XXe siècles

Les premiers compositeurs grecs apparaissent dans les îles Ioniennes imprégnées de traditions italiennes. Nicolas Mantzaros (1796-1873), de Corfou, en est la figure de proue. Il faut également citer Pavlos Karrer (1829-1896), Spyros Samaras (Spiro Samara, 1863-1917) et Dionysios Lavrangas (1864-1943). Tous ou presque méconnaissent les trésors de leur culture locale et calquent leurs compositions sur la musique romantique italienne du début du XIXe siècle à laquelle ils se sont accoutumés dans les îles Ioniennes et qu’ils ont étudiée en Italie.

Le dernier quart du XIXe siècle qui introduit, en littérature, la génération inspirée de 1880, influence par là même la production musicale. Les compositeurs de cette période cherchent à donner le reflet de la nouvelle nation à travers leur musique. Trois d’entre eux sont particulièrement remarquables à cet égard: Georges Lambelet (1875-1945), Manolis Kalomiris (1883-1962) et Marios Varvoglis.

Natif de Corfou, Lambelet a étudié en Italie mais il n’en apprécie pas moins les chants folkloriques grecs et il est conscient de la nécessité de créer une nouvelle musique nationale inspirée de ces mélodies. Kalomiris, originaire de Smyrne, se fixe en Grèce après plusieurs séjours d’études prolongés dans d’autres pays d’Europe et exerce son talent à la création d’une musique nationale grecque. Toutefois, son romantisme de base et son orchestration wagnérienne ne seront pas affectés par les thèmes grecs. Ses opéras et ses symphonies sont de grande qualité, mais son influence majeure dans la création d’une musique nationale tient dans l’intérêt qu’il éveille chez ses contemporains. Varvoglis réagit contre les tendances romantiques, admire profondément la beauté de la musique folklorique et finit par trouver un style personnel, sous l’influence du néo-classicisme français.

Ces trois compositeurs n’auront, cependant, pas atteint leur objectif premier de créer une musique nationale grecque inspirée du folklore. L’influence du baroque, du classicisme, du romantisme et du néo-classicisme, de l’impressionnisme et autres courants contemporains se décèle aisément dans la forme, la technique et l’esprit de leurs œuvres. Leur dilemme est de vouloir rendre le folklore d’une époque en utilisant un procédé de notation inadapté à leur propos et, qui plus est, dans une langue étrangère. Le résultat, même s’il est parfois heureux, ne traduit pas l’authenticité de la musique nationale grecque. Tel est le problème majeur de la composition grecque moderne.

Petros Petridis réussit mieux dans ce domaine. Plutôt que de reprendre et d’harmoniser des airs populaires, il s’appuie sur les modes byzantins et antiques pour essayer de reproduire l’ambiance musicale du chant folklorique. D’autres compositeurs empruntent à l’impressionnisme qu’ils appliquent à la musique à caractère oriental. Emile Riadhis (1890-1935), élève de Maurice Ravel, Georges Poniridis (Georges Poniridy) et Démétrios Levidis (1886-1951) figurent parmi les meilleurs créateurs de cette école.

La musique stochastique

Un groupe dynamique de jeunes compositeurs apparaît immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Sa musique d’avant-garde ne manque pas de choquer le public conservateur des salles de concert athéniennes. Ses œuvres interprétées par les orchestres symphoniques de plusieurs capitales européennes remportent bientôt un succès international. Nés entre les années 1920 et 1930, ces compositeurs suivent la voie que leur a tracée Nicolas Skalkotas (1905-1949), brillant élève de Schönberg. La musique de Skalkotas, bien connue du public européen, sera introduite aux États-Unis par le compositeur et chef d’orchestre gréco-américain Dimitri Mitropoulos (1896-1960), autre disciple de Schönberg.

Iannis Xénakis est l’un des meilleurs représentants de cette nouvelle vague. Mathématicien et ingénieur, il use, dans ses compositions, d’un ordinateur et d’une structure mathématique associée à la théorie des probabilités. Il recherche, comme il l’explique, «une pulvérisation de sons, un rayonnement sonore, un courant d’électrons musicaux». La qualité de sa musique lui vaut l’admiration des experts et du public dans les concours internationaux. Les œuvres les plus connues de ce chef de file de l’avant-garde, vivant à Paris, sont: Metastasis (1954), Pithoprakta (1956), Achorripsis (1956-1957), Morsima-Amorsima (1962), Stratégie (1964) et Terretektorh (1966).

Yannis Khristou, diplômé de philosophie de l’université de Cambridge, appartient au même groupe de compositeurs. En associant divers procédés contemporains, il cherche à exprimer le sens le plus profond de l’existence qu’il discerne dans le conflit permanent d’éléments antagonistes. Après avoir écrit une musique atonale et, à la manière des successeurs de Webern, pionnier du dodécaphonisme, Khristou décide, en définitive, de fonder sa musique essentiellement sur le hasard. Il crée des effets extrêmement puissants avec des tonalités contrastées, de subtiles phrases mélodiques tissées en une riche et inhabituelle structure harmonique, ponctuée de vives explosions sonores. Parmi ses compositions les plus remarquables, il faut signaler Patterns and Permutation (1962), Phoenix Music (1950) et Enandioromia, dont l’orchestre symphonique d’Oakland, en Californie, a donné la première mondiale en 1969.

Théodore Antoniou, l’un des plus jeunes du groupe, compose aussi bien de la musique sérielle que dodécaphonique. Ses œuvres lyriques, souvent plaisantes, ont été primées en Allemagne, en Autriche et en Grèce. D’autres membres éminents de ce groupe sont: Georges Sicilianos, Yannis Papaioannou, Ioannis Ioannidis, Stephanos Gazouleas et Arghyris Koundis.

Aucune autre expression artistique de la Grèce contemporaine n’a rassemblé autant de talents – et quels talents – que la musique. Si la génération des compositeurs grecs de l’après-guerre s’inscrit dans un courant international qui entend illustrer l’angoissante complexité de la vie moderne, ses auteurs préfèrent «le dire en grec». Le passé hellénique leur revient, cependant, comme un souvenir poétique plus pénétrant que celui des générations précédentes, aux accents romantiques superficiels. Il existe, en effet, une grande affinité entre l’œuvre de Xénakis et les conceptions pythagoriciennes de la musique, entre les compositions de Khristou et la philosophie d’Héraclite, et entre les œuvres de tous les autres et le raffinement de la tradition hellénique. Leur rapport au passé consiste en une même démarche, une confiance dans une vision cosmique et une recherche incessante de nouveaux moyens appropriés. C’est pourquoi ils se qualifient eux-mêmes d’auteurs de musique stochastique.

La musique populaire

L’analyse et l’histoire de la musique ont beaucoup progressé grâce au travail rigoureux de Minos Dounias (1900-1960), tandis que la collecte et l’étude systématique des œuvres musicales byzantines et populaires ont grandement enrichi les ouvrages érudits de Psachos, Karras et Merlier.

Après la Seconde Guerre mondiale, la musique populaire change de visage sous l’impulsion de compositeurs polyvalents qui adoptent une instrumentation authentique associée à des modes populaires d’expression musicale. Deux compositeurs conquièrent rapidement une réputation internationale: Manos Hatzidakis, auteur de la musique du film Jamais le dimanche (Jules Dassin, 1960), et Mikis Théodorakis qui écrit celle de Zorba le Grec (Michael Cacoyannis, 1964).

Député communiste dissident pendant de longues années, Théodorakis devient en 1989 «ministre sans portefeuille». Hatzidakis, qui s’éteint en 1994, usera de son influence dans les dix dernières années de sa vie pour offrir une tribune à des musiciens marginaux qu’il prend sous sa coupe.

La forme de musique populaire la plus développée de la Grèce moderne est la rembetika, dont les origines remontent à la fin du XIXe siècle. Pratiquée dans les cafés et les fumeries de haschich, cette musique est particulièrement prisée des Grecs d’Asie Mineure. Mais elle sera lourdement censurée en 1936, sous Métaxas, à cause de son contenu et de ses références aux bassesses de l’existence. Elle aura un regain de popularité dans les années 1950 et 1960, mais sous une forme très édulcorée. Les années 1980 sont marquées par le renouveau de formes musicales plus anciennes que chante Sotiria Bellou, fort appréciée des étudiants et des intellectuels.

Le chanteur grec le plus célèbre est Yorgos Dalaras, avec plus de quarante albums dans tous les styles de la musique grecque contemporaine, y compris les œuvres de Théodorakis et de Hatzidakis. Ce musicien est devenu une véritable institution nationale et ses concerts remplissent régulièrement les plus grands stades du pays. Parmi les interprètes classiques, Agnès Baltsa est l’une des vedettes de la scène lyrique internationale. Mais, la plus grande de toutes les divas est Maria Callas, qui revint en Grèce pour ses premières représentations à l’Opéra royal d’Athènes

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