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Espagne – Histoire

L’Espagne est peuplée, de manière attestée, depuis un demi-million d’années. À Torralba et à Ambrona (dans la province de Soria, au nord-est de Madrid), on a retrouvé des squelettes d’éléphants qui avaient été piégés par des tribus d’hommes préhistoriques de l’espèce Homo erectus.

Il y a quelque 15 000 ans, des hommes de l’espèce Homo sapiens ornèrent les grottes d’Altamira (dans la province de Santander, sur le golfe de Biscaye) de superbes peintures représentant des chevaux, des biches et des bisons en ocre rouge cerné de noir.

Colonisations et conquêtes

La «révolution néolithique», marquée par l’introduction de l’agriculture et de l’élevage, eut lieu en Espagne vers 3000 av. J.-C. De nombreux dolmens et tombes mégalithiques subsistant dans le sud de l’Espagne, dans la région de Málaga, témoignent de la vitalité du faciès culturel appelé «almérien» (de «Almería»).

Vers 1000 av. J.-C., des immigrants arrivèrent par vagues. Les Celtes, peuple de langue indo-européenne, pénétrèrent par le nord, tandis que des colons issus du monde méditerranéen fondèrent des villes sur le littoral: les Phéniciens à Cadix, les Grecs à Málaga et à Ampurias, les Carthaginois à Carthagène.

La conquête romaine

Au cours du IIIe siècle av. J.-C., les Carthaginois venant d’Afrique du Nord étendirent leur domination à toute une partie de la péninsule Ibérique. Les ressources espagnoles en hommes et en chevaux furent vitales pour Carthage dans ses guerres incessantes contre Rome. Au début de la deuxième guerre punique, en 218 av. J.-C., l’armée romaine des frères Scipion commença la conquête de l’Ibérie; si les Romains écrasèrent définitivement les Carthaginois en 201, ils mirent près d’un siècle à imposer leur domination aux indigènes, dont la résistance fut particulièrement farouche dans le Nord (Pays basque, Asturies, Galice actuels), qui ne fut pacifié qu’en 19 av. J.-C. La péninsule devint alors l’une des provinces les plus précieuses de l’Empire, fournissant Rome en or, argent, cuivre, fer, étain et plomb. Deux des plus grands empereurs (Trajan et Hadrien) sont nés dans la péninsule, ainsi que certains écrivains latins de première importance, comme Sénèque et Quintilien.

L’Espagne wisigothique

Au début du Ve siècle, l’Empire romain fut envahi par des Barbares d’origine germanique, dont certains s’établirent en Espagne: les Vandales (qui passèrent en Afrique dès 429), les Suèves et les Wisigoths. Alors qu’ils étaient moins de 250 000, ces derniers réussirent à soumettre 6 ou 7 millions d’Ibères romanisés. Leur rôle fut décisif dans la formation du sentiment de l’identité espagnole (que célèbre Isidore de Séville dès le début du VIIe siècle).

À l’unification du territoire autour d’une capitale, Tolède, s’ajoutèrent l’uniformisation du droit, grâce au Liber judiciorum (vers 654) du roi Receswinthe, et la fusion de la population barbare avec les Hispano-Romains, lorsque le roi Léovigild (568-586) autorisa les mariages mixtes. L’union religieuse fut assurée par la conversion des Wisigoths ariens au catholicisme en 589.

La monarchie wisigothique accusait toutefois une certaine faiblesse; leur titre étant électif, les rois étaient continuellement en butte à des intrigues fomentées par les grandes familles nobles (sur les treize rois qui ont régné au cours du dernier siècle de la monarchie wisigothique, deux ont été assassinés, quatre déposés et six ont été des usurpateurs).

En 711, la famille du roi Wittiza, détrôné, qui voulait renverser le roi Rodrigue, demanda aux musulmans du Maroc leur concours. Le général musulman Tariq ibn Ziyad débarqua à Gibraltar en 711, écrasa Rodrigue et, tirant parti des divisions qui déchiraient les Wisigoths, se lança à la conquête de l’Espagne.

L’Espagne musulmane et la reconquête

Les musulmans s’étaient rendus maîtres en 718 de la péninsule dans sa quasi-totalité. Une grande proportion de chrétiens convertis à l’islam ainsi que des musulmans de diverses nationalités – Arabes, Syriens et Berbères – fondèrent en Espagne de petites colonies. Les riches terres de l’Espagne méridionale, à laquelle ils donnèrent le nom «Djazirat al-Andalus», présentaient un intérêt incontestable comparativement aux déserts de l’Afrique du Nord.

De l’émirat aux «taifas»

Abd ar-Rahman Ier, dernier héritier des califes omeyyades, réussit à échapper au massacre de sa famille, quitta la Syrie et passa en Espagne, où il prit Séville puis Cordoue (756) et fonda un émirat. Abd ar-Rahman III mit un terme à une période de troubles, unifia l’Espagne mauresque et se proclama calife (929). Son règne (912-961), époque de prospérité économique et de splendeur culturelle, marque l’apogée de l’Espagne musulmane.

L’Andalus était, à bien des égards, radicalement différente de l’Europe chrétienne. Alors que l’Europe rurale s’était appauvrie, l’Andalus était une région de villes prospères tournées vers le commerce. Ses produits, notamment le verre, le papier, le cuir, l’orfèvrerie et les soieries, jouissaient d’une grande renommée jusqu’en Inde. Les souverains musulmans toléraient généralement les chrétiens et les juifs et encourageaient la diversité culturelle.

Les sciences, la médecine et la philosophie étaient florissantes, en particulier à Cordoue, la capitale. Les savants islamiques espagnols, tel Averroès, étudièrent les oeuvres d’Aristote et des autres philosophes grecs, qui furent traduites en latin avant d’être diffusées dans le reste de l’Europe.

Cette situation dura sous le gouvernement du lettré ambitieux Ibn Abi Amir, connu sous le nom d’al-Mansour («le Victorieux») et qui exerça une véritable dictature jusqu’à sa mort en 1002. L’Andalus se morcela alors en petites factions et en principautés, dressées les unes contre les autres (les taifas). Après la disparition du califat (1031), l’Espagne musulmane connut une réunification de courte durée sous des envahisseurs musulmans d’Afrique du Nord, les Almoravides (1086-1147) puis les Almohades (1147-1212), qui cherchèrent à instiller dans la population maure indigène un islam plus teinté d’intégrisme. En dépit de certains succès temporaires, l’Espagne musulmane ne pourra désormais que se tenir sur la défensive.

Les royaumes chrétiens

Les rares enclaves chrétiennes, que les musulmans avaient laissé subsister dans les régions montagneuses du Nord, étaient entre-temps devenues de puissants royaumes. Dans les Asturies, en bordure du golfe de Biscaye, un groupe de Wisigoths, d’extraction noble, avaient, au lendemain de la conquête arabe, choisi un roi en la personne de Pélage.

À la tête d’une troupe de montagnards, Pélage défit même, probablement en 722, une armée musulmane à Covadonga, victoire qui fut saluée ultérieurement comme le début de la reconquête de l’Espagne (la «Reconquista»). Alphonse Ier (739-757) ajouta la Galice aux possessions des Asturies. Poussant vers le sud, ses successeurs atteignirent le León, et la découverte du tombeau présumé de saint Jacques sous Alphonse II (791-842) rehaussa le prestige de la monarchie asturienne, qui donna désormais à la Reconquête la tonalité d’une croisade.

Dans le nord-est de la péninsule, Charlemagne, après ses échecs devant Barcelone et à Roncevaux (778), constitua la Marche d’Espagne, embryon de la future Catalogne, qui s’émancipa progressivement de la tutelle franque à partir de 985 (ni les derniers Carolingiens ni Hugues Capet ne répondirent aux demandes de secours des comtes de Barcelone, assiégés par al-Mansour).

Aux confins de cette région et des Asturies, le royaume de Navarre prit rapidement de l’importance au cours du Xe siècle. Enrichi par son commerce avec la France et le passage des pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle, le roi de Navarre, Sanche III le Grand, régna un temps sur toute l’Espagne chrétienne (1000-1035), avant que son empire soit partagé entre ses quatre fils. Sanche III ouvrit la société espagnole aux influences européennes, telles que la réforme monastique clunisienne et le féodalisme.

Les fondations de l’Espagne moderne furent avant tout jetées par l’Aragon et la Castille. L’Aragon, devenu royaume indépendant quand Ramire Ier (1035-1063) le reçut en héritage de son père Sanche le Grand, s’étant temporairement uni (1076-1134) au royaume de Navarre, s’agrandit – par une politique de mariages et d’alliances – et notamment de la Catalogne (1150).

Ultérieurement, tout en restant distinctes, ces deux régions seront réunies sous la couronne aragonaise. Les rois d’Aragon menèrent une politique étrangère agressive qui leur permit d’étendre leur domination aux îles Baléares (1230-1286), à Valence (1238) et, plus tard, à la Sardaigne, à la Sicile et à Naples.

L’Aragon finit par adopter l’orientation méditerranéenne de Barcelone, tandis que la Castille, située sur le plateau de la Manche, au centre de la péninsule, constituait le principal moteur de la Reconquête chrétienne (prise de Tolède en 1085).

À l’origine comté autonome rattaché à la couronne du León, la Castille était, aux confins de l’Espagne islamisée, le berceau d’une société dynamique et belliqueuse qui engendrait des capitaines et des aventuriers du type du Cid Campeador, qui conquit Valence en 1091. Alphonse VIII de Castille mène ses troupes, renforcées de celles d’Aragon et de Navarre, qui écrasent les Almohades à la bataille de Las Navas de Tolosa (1212).

À l’issue d’une série de victoires (prise de Séville en 1248, bataille du Salado en 1340), seule Grenade restera aux mains des musulmans.

Au cours des XIVe et XVe siècles, l’Aragon et la Castille (définitivement réunie au León depuis 1230) furent appelés à jouer un rôle important dans les affaires européennes, notamment dans la guerre de Cent Ans, qui les opposa l’un à l’autre, ainsi qu’au Portugal et à la Navarre. Sur le plan intérieur, la monarchie castillane était affaiblie par ses nobles, qui cherchaient à s’arroger des privilèges féodaux, mais elle pouvait compter sur le concours des villes, dont des représentants siégeaient au Parlement (Cortes), et d’associations à caractère militaire (hermandades) qui faisaient régner l’ordre dans les campagnes.

Les Rois Catholiques

Par un hasard des fortunes dynastiques – l’accession d’Isabelle Ire au trône de Castille, en 1474, et de son époux Ferdinand II à celui d’Aragon, en 1479 –, les deux plus grands royaumes d’Espagne se trouvèrent réunis.
Isabelle entreprit de centraliser le pouvoir entre ses mains par l’entremise de l’Église.

En 1480, l’Inquisition espagnole commença à soumettre à la question les hérétiques présumés et les juifs convertis, qui s’étaient rendus impopulaires par leurs activités financières; en 1492, tous les juifs d’Espagne furent frappés d’expulsion. L’Inquisition permit ainsi l’identification de l’Espagne au catholicisme orthodoxe, ce qui contribua à renforcer le sentiment national. L’année 1492 fut également celle de la prise de Grenade, qui consacrait la fin de la Reconquête, et de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.

Pendant ce temps, Ferdinand s’était lancé à la conquête de Naples et s’était engagé dans un conflit avec la France pour le contrôle de l’Italie. Il accrut, en outre, les possessions familiales de la Navarre et de territoires limitrophes de la France. À sa mort en 1516 (Isabelle étant morte en 1504), les deux couronnes échurent à leur petit-fils Charles Ier.

L’empire du monde

À peine Charles Ier venait-il de fouler le sol de ses nouveaux royaumes qu’il fut élu empereur du Saint Empire romain germanique sous le nom de Charles Quint et partit pour l’Allemagne. Pendant deux siècles, le destin de l’Espagne sera ainsi lié à celui de la maison de Habsbourg.

Le Siècle d’or

Charles Quint consacra le plus clair de son temps à la défense de ses possessions contre les attaques des Français, des Turcs et des princes protestants. Au début de son règne, le caractère étranger de son éducation, ses conseillers flamands et sa politique à la dimension de l’Europe le rendirent impopulaire en Espagne (révolte des comuneros, 1520-1521).

Toutefois, il parvint à gagner la loyauté de ses sujets en dépit de ses longues absences, dues aux nombreuses expéditions militaires qu’il commanda en personne (prise de Tunis, assaut d’Alger, bataille de Mühlberg, etc.) et à ses multiples voyages diplomatiques. Il fit également siens les idéaux de ses grands-parents: l’unité du monde catholique et la conquête d’un empire, qu’il finança au moyen des richesses provenant du Nouveau Monde (le Mexique est conquis par Cortés en 1519-1521, le Pérou par Pizarre en 1531-1533). Il était assisté dans son entreprise par l’ordre des Jésuites, fondé en 1540 par Ignace de Loyola.

En 1556, Charles Quint abdiqua, laissant l’Espagne à son fils Philippe II et ses possessions germaniques à son frère, qui devait devenir empereur sous le nom de Ferdinand Ier.
Philippe II fut aussi sédentaire que son père avait été nomade, aussi bureaucrate qu’il avait été guerrier. De son palais-couvent de l’Escurial (qui commémore la victoire de Saint-Quentin en 1557 sur les troupes françaises), Philippe II gouverna un empire «sur lequel le soleil ne se couchait jamais» et conquit l’affection de ses sujets.

En 1580, il acquit le Portugal et toutes ses possessions. Loin de renforcer l’Empire, cette union ne fit qu’exposer les routes maritimes et les colonies portugaises aux attaques des Néerlandais et des Anglais, et accroître l’hostilité des Portugais à l’encontre des Espagnols. Le règne de Philippe II fut celui des saints et des grands mystiques (de François Borgia à Jean de la Croix et Thérèse d’Ávila) et fut profondément marqué par la défense de la religion catholique.

Il reste aussi célèbre pour deux grands affrontements navals: après un siècle de conquêtes, l’Empire ottoman fut arrêté dans sa progression par don Juan d’Autriche, demi-frère de Philippe II, en 1571, à la bataille de Lépante; en représailles contre une intervention des Anglais aux Pays-Bas, Philippe II lança, en 1588, à l’assaut de l’Angleterre son «Invincible Armada» (130 vaisseaux, 30 000 hommes), qui fut détruite par la tempête et les feux des navires anglais. Cette ambitieuse politique impériale dépassa les ressources des mines d’or et d’argent américaines: Philippe II fit plusieurs fois banqueroute à partir de 1575.

Le déclin

Les monarques qui succédèrent à Philippe II ne s’identifièrent pas au destin de l’Espagne et laissèrent le pouvoir à des favoris, les válidos. Philippe III (1598-1621) abandonna ainsi le gouvernement au duc de Lerma, grand organisateur de courses de taureaux, qui manipula la monnaie et chassa les morisques (1609). Sous le règne de Philippe IV (1621-1665), passionné de théâtre et de chasse, le brillant mais peu diplomate comte-duc d’Olivares entraîna l’Espagne dans la guerre de Trente Ans: après des victoires éclatantes, les armées françaises consacrèrent le déclin militaire de l’Espagne à Rocroi (1643), puis à Lens (1648).

Pendant ce temps, les menées centralisatrices d’Olivares suscitèrent en 1640 des révoltes au Portugal et en Catalogne: le Portugal recouvra son indépendance, et la Catalogne passa sous domination française jusqu’en 1652. Le dernier roi de la maison de Habsbourg fut Charles II, dont le règne (1665-1700) fut marqué par des intrigues, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ainsi que par l’effondrement de l’économie.

L’Espagne des Bourbons

Le XVIIIe siècle s’ouvrit par la guerre de la Succession d’Espagne (1701-1714), Charles II ayant légué son royaume au duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, et l’Angleterre et l’Autriche ayant reconnu l’archiduc Charles de Habsbourg.

Rupture dynastique et institutionnelle

Au changement de la maison royale et de modèles culturel et politique – l’Espagne va suivre alors les modes françaises – s’ajouta avec les premiers Bourbons – Philippe V (1700-1746), Ferdinand VI (1746-1759) et Charles III (1759-1788) – une réforme de l’administration centrale allant dans le sens de la rationalisation et de la centralisation, tandis que le développement économique faisait l’objet d’un intérêt accru: au milieu du siècle, l’Espagne connut une explosion démographique et une prospérité relative.

Les Bourbons atteignirent également l’objectif visé par Olivares: l’abolition des privilèges particuliers (les fueros) dont jouissaient la Catalogne (décrets de Nueva Planta, 1715), l’Aragon et Valence. De collection de royaumes, l’Espagne était devenue une union de provinces.

L’importance de l’influence française ne signifiait cependant pas la subordination de l’Espagne à la politique étrangère de Versailles. Le mariage de Philippe V avec une Italienne, Élisabeth Farnèse, se solda rapidement par des ambitions territoriales (les traités d’Utrecht et de Rastatt, en 1713-1714, avaient enlevé à l’Espagne sa souveraineté sur les Pays-Bas et les possessions italiennes), un état de guerre permanent et le départ des conseillers français.

Ferdinand VI, quant à lui, instaura la paix en observant la neutralité dans les conflits franco-anglais, en s’entourant de conseillers espagnols et en attelant son administration à la reprise économique. Charles III, despote éclairé par excellence (il expulsa les Jésuites en 1767), s’intéressa de près à l’empire colonial, instaurant même un libre-échange impérial en 1778. Cependant, convaincu que l’Amérique espagnole était au premier chef menacée par l’Angleterre, il conclut un «pacte de Famille» avec la France, entraînant par là son pays dans la guerre de Sept Ans (1756-1763) et la guerre de l’Indépendance américaine (1776-1783).

La Révolution et l’époque napoléonienne

La tourmente révolutionnaire surprit Charles IV (1788-1808), monarque entièrement sous l’emprise de Manuel Godoy, favori devenu Premier ministre en 1792 et l’amant de la reine Marie-Louise. Il tenta de préserver l’Espagne de la contagion française et suspendit tous les programmes de réformes. Entrée dans la guerre contre la France, l’Espagne signa rapidement la paix de Bâle (1795). Devenu «prince de la Paix», Godoy négocia le traité d’alliance de San Ildefonso avec le Directoire (1796). Désormais l’Espagne apporta son soutien financier à la coûteuse politique militaire française et subit les assauts des Anglais contre son empire et sa force navale (destruction de la flotte franco-espagnole à la bataille de Trafalgar en 1805).

En mars 1808, le soulèvement d’Aranjuez chassa Godoy et contraignit le roi à abdiquer en faveur de son fils, qui accéda au pouvoir sous le nom de Ferdinand VII. En mai, Napoléon convoqua Charles IV et Ferdinand VII à Bayonne et les contraignit tous deux à renoncer à leurs prétentions au trône, au profit de son frère Joseph Bonaparte.

Le soulèvement du peuple espagnol contre l’armée d’occupation française (le célèbre Dos de mayo célébré par Goya) déclencha une terrible guerre de partisans, génératrice de représailles atroces: dès l’été 1808, les Français se virent infliger quelques défaites par les Espagnols (capitulation du général Dupont à Bailén) et les Anglais (capitulation de Junot à Sintra), mais, conduits par Napoléon en personne, ils reconquirent la péninsule en 1810, à l’exception du Portugal et de Cadix.

Toutefois, ce conflit permanent affaiblit l’Empire français au moment de la campagne de Russie, tandis que le général anglais Arthur Wellesley (qui devait devenir le duc de Wellington) entreprit une guerre d’usure qui débouchera en 1813 sur la victoire de Vitoria et contraindra Napoléon à évacuer l’Espagne. D’autre part, l’hostilité aux Français avait amené le peuple espagnol à adopter ses propres formes de gouvernement, en l’absence du roi et d’une grande partie de la noblesse: les Cortes de Cadix, dominées par la bourgeoisie, promulguèrent une Constitution démocratique en 1812.

La période des troubles

À son retour en 1814, Ferdinand VII «le Désiré» trouva une Espagne ravagée par la guerre et appauvrie par l’affaiblissement de ses positions en Amérique (les colonies espagnoles vont s’émanciper de 1820 à 1824). Lui-même se révéla un absolutiste vindicatif, dont la brutalité suscita un intermède (1820-1823) révolutionnaire libéral (le soulèvement mené par Riego marque le début de l’intervention de l’armée dans la vie politique espagnole), auquel seule une action décidée par la Sainte-Alliance et confiée à la France (l’expédition des «Cent Mille Fils de saint Louis») put mettre un terme.

À sa mort, Ferdinand, qui avait aboli la loi salique, laissa le trône à sa fille Isabelle, sous la régence de sa mère Marie-Christine, ce qui provoqua la révolte de son frère don Carlos: un premier soulèvement carliste (1833-1839) éclata entre les partisans libéraux d’Isabelle II et les absolutistes qui entouraient son frère don Carlos. Les libéraux triomphants sécularisèrent et vendirent les biens de l’Église (c’est la desamortización), créant ainsi une nouvelle classe de propriétaires terriens qui vint renforcer le parti conservateur: la déception de la masse des paysans la rendit de plus en plus sensible aux théories anarchistes. Quand la régente Marie-Christine tenta de suspendre la Constitution de 1837, l’armée, dirigée par le progressiste Espartero, l’exila (1840) et, en 1843, déclara majeure Isabelle, alors âgée de treize ans.

Après une période modérée, une série de scandales et le déséquilibre permanent provoqué par l’alternance des gouvernements O’Donnell et Narváez provoquèrent, en 1868, un complot militaire ourdi par les généraux Juan Prim et Francisco Serrano (1810-1885) qui contraignit Isabelle II à s’exiler. Après l’échec de la candidature d’un prince prussien (qui amena la guerre franco-allemande), puis le règne du duc Amédée de Savoie (1870-1873), la république fut proclamée: elle se heurta aux soulèvements des carlistes, des fédéralistes et des Cubains. Le pronunciamiento du général Martínez (1874) ramena les Bourbons en la personne d’Alphonse XII.

La restauration des Bourbons

Le gouvernement formé par l’homme d’État conservateur Antonio Cánovas del Castillo (1828-1897) avait pour fondement la crainte de la révolution et pour méthode la manipulation de l’électorat. En 1876, une Constitution conservatrice se substitua à la charte libérale de 1869 et, pendant près de vingt ans, le pouvoir passa régulièrement, mais artificiellement, du parti de Cánovas aux libéraux.

Conjuguée au libre-échange, la paix fut un facteur de développement économique, dont les principaux bénéficiaires furent les bourgeoisies catalane et basque, qui commencèrent cependant à apporter un soutien plus actif aux mouvements autonomistes régionaux. À la même époque, on assista au développement rapide de mouvements ouvriers souscrivant aux idées socialistes et anarchistes.

L’Espagne des crises

En 1898, l’Espagne perdit ses dernières colonies – Cuba, Porto Rico et les Philippines – au cours de la guerre hispano-américaine. Ce désastre suscita une grave remise en question dans la «génération de 1898» (Ortega y Gasset, Unamuno), qui entreprit de réinterpréter l’histoire de l’Espagne. Une tentative de restauration de son prestige, fondée sur l’impérialisme, eut pour seul résultat une longue et âpre guerre dans le Nord marocain (1909-1925).

La grève générale de 1909 à Barcelone révéla à la fois l’ampleur du malaise ouvrier et celle de l’organisation syndicale. Antonio Maura (1853-1925) et José Canalejas (1854-1912) seront impuissants devant les pesanteurs de la société et les archaïsmes de l’économie, le durcissement de l’oligarchie et l’omnipotence des «caciques» à l’échelon local. En 1917, une vague de grèves et de terrorisme déferla sur la Catalogne et les Asturies, des officiers constituèrent des juntas de defensa.

Le gouvernement fit appel à l’armée, qui tira sur les grévistes. La guerre mondiale est pourtant favorable à l’économie espagnole, qui profite du conflit: la prodigalité des «nouveaux riches» éclate dans les années 1920 à Madrid et à Barcelone. Mais les tensions s’exaspèrent dans les masses paysannes et ouvrières; les syndicats s’opposent aux milices armées de la bourgeoisie. Le général Primo de Rivera, qui prend le pouvoir le 13 septembre 1923, instaure une dictature qui se lance dans une politique de grands travaux et rétablit la situation militaire au Maroc.

Mais l’absence d’une véritable politique sociale, la persécution des intellectuels et l’agitation de certains milieux conservateurs, la montée des autonomismes entraînent des difficultés croissantes, et Primo de Rivera se retire en janvier 1930. Les élections municipales d’avril 1931, bien qu’ayant conservé la majorité aux monarchistes, donnèrent toutes les grandes villes aux républicains. Désireux à la fois de pacifier et de clarifier le débat, Alphonse XIII prit le chemin de l’exil, sans abdiquer. La république fut proclamée le 14 avril 1931.

La seconde république

La gauche remporta les élections de juin 1931 et fit adopter une nouvelle Constitution particulièrement démocratique. Le nouveau gouvernement multiplia les initiatives: il abolit les titres de noblesse, modifia le code pénal, autorisa le divorce, sépara l’Église et l’État, interdit les Jésuites, entreprit de laïciser l’enseignement, attribua un statut d’autonomie à la Catalogne et réduisit considérablement le nombre des officiers.

Sur le plan social, une ambitieuse réforme agraire fut mise en chantier. Toutes ces mesures suscitèrent l’hostilité du clergé, des propriétaires terriens et des militaires: un putsch échoua à Séville en 1932. À l’extrême gauche, anarchistes et socialistes maximalistes dénonçaient quant à eux la lenteur des réformes et entretenaient une agitation violente.

L’aggravation de la crise économique alourdit encore le climat. Le président Alcalá Zamora décida alors de dissoudre l’Assemblée, et les élections de novembre 1933 virent la victoire du centre et de la droite légaliste regroupée dans la CEDA (Confédération espagnole des droites autonomes), dirigée par Gil Robles. Mais l’extrême gauche accepta difficilement le résultat des élections et se montra très menaçante. De son côté, la CEDA se radicalisa et imposa une politique de réaction sociale.

Avec l’aide des communistes, le syndicat UGT (Union générale du travail) déclencha une insurrection à Madrid, alors qu’un soulèvement éclatait en Catalogne (l’État catalan fut proclamé par Lluís Companys, le 6 octobre 1934). L’insurrection des mineurs des Asturies, en octobre 1934, se révéla la plus durable, mais fit finalement l’objet d’une répression sanglante.

En janvier 1936, la Chambre était à nouveau dissoute et le Frente popular, rassemblant les forces de gauche, remporta les élections. Mais le nouveau gouvernement, dirigé par Manuel Azaña, ne parvint pas à faire face à la vague d’assassinats et de violences (notamment à l’égard du clergé) qui submergea l’Espagne. La majorité des socialistes, les communistes et les anarchistes ne croyaient plus à la solution démocratique et en appelaient à la révolution sociale. À droite, la CEDA se démembrait alors que les monarchistes et les phalangistes de José Antonio de Primo de Rivera rejetaient toute stratégie légaliste et prônaient une contre-révolution violente.

La guerre d’Espagne

L’assassinat du leader monarchiste Calvo Sotelo, le 13 juillet 1936, précipita un putsch fomenté par un groupe de généraux (notamment le monarchiste Sanjurjo, et Mola partisan, lui, d’une dictature républicaine): le 18 juillet, il se heurta à la résistance inattendue du gouvernement légal; à la fin du mois, les putschistes ne contrôlaient en fait que le nord-ouest du pays et une partie de l’Andalousie.

En octobre, ils parvinrent cependant à faire la jonction de leurs forces du Nord et du Sud, sous la conduite du général Franco, entré dans la rébellion après ses troupes mais que la levée du siège de l’Alcazar de Tolède avait imposé à l’armée. En juin 1937, l’enclave républicaine du Pays basque était conquise. En avril 1938, les nationalistes atteignirent la Méditerranée à Vinaroz, isolant la Catalogne du reste du territoire républicain. Après avoir bloqué une contre-offensive, ils attaquèrent de nouveau en décembre 1938 et prirent Barcelone le 25 janvier 1939. Ils entrèrent à Madrid le 28 mars et à Valence le 30.

Dans ce conflit, l’intervention des puissances étrangères avait joué un grand rôle. De nombreux «volontaires» italiens et les aviateurs allemands de la légion Condor épaulèrent le camp nationaliste. Avions et bateaux germano-italiens rendirent possible le transbordement des troupes marocaines sur le territoire métropolitain. La présence de nombreux techniciens permit aux nationalistes de tirer pleinement parti du matériel moderne qu’ils recevaient. Les républicains organisèrent les «Brigades internationales», composées de volontaires étrangers. L’URSS fournit un nombre considérable de tanks et d’avions aux républicains.

Chaque camp trouva rapidement sa raison d’être dans le rejet fanatique de l’autre mais, de part et d’autre, les dissensions internes étaient très importantes. Les monarchistes alphonsins, tenants d’une monarchie constitutionnelle, se différenciaient très nettement des carlistes, qui aspiraient à une royauté traditionaliste. Les courants politiques de sensibilité catholique constituaient un ensemble hétérogène allant de la démocratie chrétienne à l’autoritarisme corporatiste.

Quant aux phalangistes, ils incarnaient un courant fasciste, laïcisant et antimonarchiste, à l’idéologie plus ou moins révolutionnaire. Les militaires étaient également très divisés. Manoeuvrant habilement, le général Franco, désigné comme successeur du général Sanjurjo, mort accidentellement, se déclara chef de l’État le 1er octobre 1936 et rassembla en août 1937, en un parti unique, toutes les mouvances politiques du camp nationaliste.

Restaurant pour son propre usage le titre médiéval de Caudillo, il obtint, bien que tardivement, la reconnaissance du gouvernement nationaliste par le Vatican, préoccupé du sort des catholiques basques combattant du côté des républicains, alors que les évêques espagnols s’étaient rapidement engagés dans la «croisade» antirépublicaine.

Dans le camp républicain, l’État eut tout d’abord du mal à exercer son autorité, alors que les milices des partis de gauche se livraient à des collectivisations anarchiques, qui désorganisaient l’économie, et procédaient à des épurations sanglantes visant des fascistes avérés ou supposés: un cinquième du clergé espagnol fut ainsi massacré.

Très vite, les socialistes minimalistes, les communistes et la gauche «bourgeoise» s’allièrent pour réclamer la fin des exactions et de l’anarchie économique. Les socialistes maximalistes, les anarchistes de la CNT (Confédération nationale du travail) et les marxistes antistaliniens du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) étaient au contraire favorables à une révolution sociale immédiate. La lutte entre ces deux factions déboucha sur une insurrection des anarchistes et des membres du POUM à Barcelone, en mai 1937: l’échec du soulèvement marqua la victoire définitive de la coalition hétéroclite des «modérés».

Le nouveau gouvernement de Juan Negrín mit fin aux persécutions religieuses, relança l’économie et fit des ouvertures à la bourgeoisie et à l’Église. Mais l’aggravation de la situation militaire fit éclater ce consensus fragile, les socialistes dénonçant l’emprise d’un parti communiste de plus en plus envahissant. Jusqu’aux derniers jours du conflit, le camp républicain fut déchiré par des querelles intestines: du 5 au 10 mars 1939, à Madrid, moins de quinze jours avant la reddition de la capitale, des combats opposèrent des unités communistes à des socialistes et à des anarchistes.

L’Espagne de Franco

Le régime franquiste s’installait dans un pays ruiné (l’Espagne a perdu 30 % de sa capacité productrice agricole et industrielle) et décimé par la guerre (145 000 morts, 134 000 fusillés, 630 000 victimes de maladies et de malnutrition, 440 000 exilés).

Les débuts du franquisme

L’idéologie officielle du nouveau pouvoir exaltait une Espagne traditionaliste et antimoderniste, fondée sur la religion catholique, le corporatisme (en 1942, les membres des Cortes sont pour l’essentiel élus par les corporations économiques et culturelles), l’évocation mythique d’un passé glorieux et le rejet de la franc-maçonnerie, du socialisme et de la démocratie. En réalité, le régime franquiste était plus autoritaire que fasciste, et l’on a pu dire que, bien loin d’avoir imposé une idéologie totalitaire, il avait puissamment contribué à la désaffection de toutes les idéologies.

Franco se révéla un pragmatique, secret et taciturne (il n’a jamais théorisé sa politique et n’a pas laissé de Mémoires), qui manipula les hommes et les courants et paya ses alliés d’ingratitude (il refusa à Hitler l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés des puissances de l’Axe et se contenta de l’envoi symbolique de la division Azul sur le front russe). Mais la défaite des forces de l’Axe plaça le régime dans une situation difficile: à partir de 1943, de nombreux généraux réclamèrent le retour à la monarchie et, en 1944, des groupes de guérilleros républicains s’infiltrèrent dans le pays depuis la France. L’Espagne ne fut pas acceptée au sein de l’ONU et se retrouva au ban des nations.

Malgré tout, le régime parvint à survivre. Le fuero du 19 juillet 1945 précisa les droits fondamentaux des Espagnols, et la loi de succession du 1er avril 1947 définit le régime comme une monarchie dont Franco était le régent à vie. Ces concessions accompagnaient l’arrivée au gouvernement de ministres issus de l’Action catholique et soucieux d’une certaine libéralisation du régime. Mais le retour de l’Espagne sur la scène internationale fut facilité par la guerre froide et marqué par la signature d’un accord hispano-américain (1953), d’un concordat avec le Vatican (1953), ainsi que par son entrée à l’ONU (1955).

Néanmoins, la politique libérale du ministre de l’Éducation, Ruiz-Giménez, déboucha en février 1956 sur une agitation estudiantine qui dégénéra en crise politique, dénouée par le renvoi du ministre et l’arrestation de quelques phalangistes. Franco n’en resta pas moins pleinement conscient du malaise qui s’était emparé de la société, d’autant plus que l’économie espagnole, très retardataire, subvenait de moins en moins aux besoins du pays: en 1950, 50 % de la population active travaillait encore dans le secteur primaire; des barrières douanières très élevées, liées à des préoccupations autarciques et à l’extrême modicité du coût de la main-d’oeuvre agricole, avaient freiné une mécanisation onéreuse; afin de réduire au minimum les importations, l’Institut national d’industrie (INI) avait suscité la constitution d’un vaste secteur industriel public et parapublic.

Vers le «miracle économique» espagnol

Franco fit prendre au régime un tournant décisif, lors des remaniements ministériels de février 1957, puis de juillet 1962 et d’octobre 1969, en faisant appel à des technocrates majoritairement issus de l’Opus Dei, véritable franc-maçonnerie confessionnelle créée en 1936. Animés par Laureano López Rodó, éminence grise de l’amiral Carrero Blanco, le plus proche collaborateur de Franco, les ministres de l’Opus mirent en oeuvre une politique économique audacieuse: assainissement des finances, libéralisation de l’appareil économique, ouverture du pays aux capitaux étrangers, développement d’une industrie compétitive, investissements touristiques.

Cette politique inaugura un véritable «miracle économique» espagnol. De 1960 à 1974, le revenu moyen par habitant bondit de 300 à 2 000 dollars, la production de l’acier fut multipliée par cinq, le parc automobile, qui était d’une voiture pour 100 h., passa à un véhicule pour sept. Alors que le nombre des journaliers agricoles diminuait très nettement, les secteurs secondaire et tertiaire augmentaient considérablement, les classes moyennes acquérant une importance de plus en plus grande dans la société. En 1974, il y avait 194 425 chômeurs en Espagne, soit seulement 1,47 % de la population active.

Si l’Espagne sortait enfin du sous-développement, le régime n’en retirait aucun bénéfice politique: les mouvements de contestation se faisaient de plus en plus nombreux; de nouvelles structures syndicales illégales étaient apparues, le nombre de grèves s’était accru considérablement, les étudiants s’agitaient. Plus grave encore pour le régime était l’attitude critique d’une grande partie du clergé espagnol, surtout celle qui n’avait pas connu la guerre civile. Dès avant Vatican II, l’Église n’était plus le soutien inconditionnel du franquisme. En septembre 1971, la majorité des prêtres et évêques espagnols exprima son regret de l’attitude antidémocratique de l’Église avant et pendant la guerre civile.

Le troisième foyer d’opposition était celui des nationalismes renaissants dans un État fortement centralisateur: depuis 1939, le Pays basque et surtout la Catalogne avaient souffert de nombreuses discriminations et perdu toute autonomie. Le régime franquiste ne parvint pas vraiment à juguler le mécontentement généralisé: les quelques concessions telles que la libéralisation partielle de la presse (1966) ou la liberté de culte enfin accordée (1967) aux confessions non catholiques furent jugées insuffisantes; le terrorisme basque se développa.

C’est dans ce contexte que les monarchistes réussirent à imposer leur solution pour l’après-franquisme: certes, depuis la loi de 1947, le caractère monarchique du régime était officiellement reconnu, mais aucun dispositif constitutionnel n’avait fixé avec précision le mécanisme de la succession, même si, en 1948, le jeune Juan Carlos, petit-fils d’Alphonse XIII, était rentré en Espagne pour y recevoir une éducation militaire (son passage par les écoles des trois armes devait le servir plus tard dans ses relations avec l’armée) et universitaire.

Au terme d’une lutte d’influence avec les phalangistes, le clan technocratique, favorable à la monarchie, l’emporta et, le 25 juillet 1969, Juan Carlos était officiellement nommé «prince d’Espagne». Le 19 juillet 1974, gravement malade, Franco lui céda l’intérim de ses fonctions. Au sein de l’entourage du Caudillo, la tendance dure (le Bunker) sembla alors l’emporter, malgré l’assassinat en juillet 1973 de Carrero Blanco, Premier ministre et chef de l’opposition à de nouvelles réformes. Le 20 novembre 1975, Franco s’éteignait. L’après-franquisme débutait dans l’incertitude la plus totale.

L’Espagne démocratique

Contrairement aux inquiétudes de nombreux Espagnols, la transition vers la démocratie se déroula sans heurts majeurs. Juan Carlos, intronisé le 27 novembre 1975, joua un rôle essentiel: après avoir confirmé le dernier Premier ministre de Franco, Arias Navarro, qui ne put que faire la preuve de son impuissance devant la situation politique et sociale, le roi fit appel à Adolfo Suárez, le 3 juillet 1976.

Ce technocrate issu du sérail n’effraya pas les adversaires du changement et put ainsi obtenir des Cortes le vote d’un texte révolutionnaire: la loi pour la réforme politique, ratifiée par référendum le 15 décembre 1976. Ce texte stipulait que les Cortes, élues par le peuple, exerçaient la fonction législative et constituante, et préparait de ce fait le retour en douceur de la démocratie. Le corollaire indispensable de cette loi fut l’instauration du pluripartisme, qui s’acheva en juin 1977 par la légalisation du PCE (parti communiste espagnol), épouvantail de la droite et de l’armée.

Les élections du 25 juin 1977 confirmèrent le soutien de la majorité des Espagnols à cette évolution en douceur vers plus de liberté. L’UCD (Union du centre démocratique), parti de centre-droit dirigé par Adolfo Suárez, et le PSOE (parti socialiste ouvrier espagnol) se taillèrent la part du lion au détriment des partis plus radicaux tels que l’Alliance populaire à droite ou le PCE à gauche. Mais partis politiques et syndicats firent preuve d’un sens remarquable des responsabilités en signant le «pacte de la Moncloa», qui maintint les affrontements politiques et les exigences salariales dans des limites compatibles avec la survie de la jeune démocratie.

Si les conservateurs libéraux avaient su négocier le tournant démocratique, ils ne réussirent pas pour autant à se maintenir à la tête du gouvernement. Aux élections de 1982, les socialistes remportèrent la majorité absolue des sièges et s’installèrent jusqu’en 1996 au pouvoir, gardant la confiance d’une grande partie de l’électorat, en dépit d’une conjoncture économique morose.

En désaccord de plus en plus net avec le régime franquiste depuis le début des années 1960, l’Église accepta sans grande difficulté le nouvel ordre démocratique. La hiérarchie catholique s’en tint ainsi à une stricte neutralité lors des élections constituantes de 1977. Certains évêques dénoncèrent cependant un État agnostique légalisant le divorce, l’avortement et la liberté de l’enseignement.

Dans l’armée, la démocratisation du pays fut plus mal vécue. La légalisation du PCE fut une douloureuse surprise. Bien des militaires voyaient également dans les statuts des communautés autonomes une menace mortelle pour l’unité nationale, dont ils se sentaient les garants. À partir de 1977, les cercles militaires les plus hostiles à la démocratie échafaudèrent des plans de coup d’État. Le 23 février 1981, le lieutenant-colonel Antonio Tejero prit d’assaut la Chambre des députés. L’intervention du roi fit avorter le complot, dont l’échec marqua la fin des états d’âme de l’armée, qui trouva dans l’intégration atlantique (l’Espagne entra dans l’OTAN en 1982) de nouvelles perspectives d’avenir.

L’entrée de l’Espagne dans la CEE en 1986 a conforté la réussite du desarrollo («développement»), consacré par le succès des jeux Olympiques de Barcelone et de l’Exposition universelle de Séville en 1992. Mais les lendemains de la fête se sont révélés pénibles: perte de compétitivité des entreprises, accroissement brutal du chômage (24,4 % en 1994), dévaluation de la peseta (dépréciée en 1994 de 25 % par rapport au mark), multiplication des scandales politiques et financiers qui ont terni l’image du Premier ministre Felipe González et du PSOE.

Gouvernant à la fin avec une majorité moribonde, celui-ci a laissé place au conservateur José Maria Aznar Lopez, chef du Parti populaire, à la suite des élections de mars 1996, dont les grands vainqueurs furent aussi les nationalistes catalans et basques, recours indispensables à la constitution de la nouvelle majorité.

.ESPAGNE, histoire, de 1900 à nos jours - 50 articles : ESPAGNE (Le territoire et les hommes) • ABD EL-KRIM • ALPHONSE XIII • ANARCHISME • AZNAR ....Des Phéniciens aux Romains Colonisée principalement sur ses côtes par les Phéniciens les Grecs les Carthaginois la péninsule voit se mêler à l'intérieur ....29 juil. 2011 ... L'invasion arabe de 711 change le cours de l'histoire d'Espagne. Depuis cette date, la péninsule Ibérique est partagée entre deux civilisations ...

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